À l’écoute de la médina de Tunis : le paysage comme vous ne l’avez jamais entendu

Curiosité

Écriture : Claire Fournier et Marie Dougnac
Relecture scientifique :
Joël Chételat et Martin Locret-Collet
Relecture de forme :
Carine Mira et Eléonore Pérès

Temps de lecture : environ 9 minutes.
Thématiques :
Géographie culturelle (Géographie), Histoire, Sociologie

Publication originale : Ben Hadj Salem M. & Chtara C., Le paysage sonore comme révélateur de l’esprit du lieu : une sécrétion latente. VertigO, 2018. DOI : 10.4000/vertigo.22955

Des notions POUR APPROFONDIR à la fin de l’article.

Qu’y a-t-il de commun entre une vue panoramique de la campagne verdoyante et un hall de gare bruyant ? Pour plusieurs scientifiques, la réponse est claire : il s’agit de paysages. Car oui, un paysage n’est pas forcément visuel : il existe aussi des paysages sonores ! En 2018, une chercheuse et un chercheur s’intéressent à celui de la médina de Tunis et proposent même d’en faire un patrimoine (un héritage du passé digne d’être conservé en l’état pour l’avenir). Une démarche sociale, historique et sensible que nous vous proposons de découvrir au travers d’une plongée sonore au cœur des souks tunisiens.

Quand on pense à un paysage, on a tendance à imaginer une plage au coucher du soleil ou des montagnes enneigées. Mais on pense moins souvent à un hall de gare ou à une place de marché. Pourtant, ces lieux constituent eux aussi des paysages. S’ils peuvent être considérés comme tels, c’est notamment pour leur dimension sonore. En effet, les paysages sont polysensoriels : ils ne se perçoivent pas exclusivement par la vue, mais aussi par l’ouïe (ou même, parfois, par l’odorat). Et comme il est question de perception, il existe autant de paysages que de personnes pour les appréhender. Le paysage est donc subjectif. Quand il est partagé par un grand nombre d’individus, il peut même devenir un patrimoine. Car non, un patrimoine ne saurait se résumer aux monuments anciens qu’affectionne Stéphane Bern.

Dans cette publication, les chercheurs jonglent avec tous ces concepts puis en mobilisent d’autres, comme celui d’esprit du lieu, qui repose sur la relation entre la dimension matérielle du lieu (architecture, situation géographique, etc.) et la perception que s’en font les individus. Le lieu doit donc être compris comme un espace social, en tension entre objectif/subjectif, matériel/immatériel, universel/particulier. 

Si ce domaine de recherche (l’étude de l’histoire sonore des lieux) en est encore à ses premiers tâtonnements, il est particulièrement intéressant dans la mesure où il permet d’étudier un large panel de lieux, au-delà de ceux, souvent formels, que traite l’Histoire officielle. 

La naissance du paysage sonore 

Mais un terme vous a sans doute interpellé : celui de paysage sonore. En 1977, Raymond Murray Schafer, environnementaliste et musicien canadien, appelle dans The Soundscape [1] à considérer les sons comme des « composants essentiels de l’espace urbain » et plus seulement comme des nuisances. Pour lui, il existe un « paysage sonore » constitué de sons variés (bruit des vagues, des moteurs, des passants, etc.) et investis de sens par les citadins [*]. 

Chaque ville a un paysage sonore qui lui est propre [**] et qui est intéressant car il contribue à forger l’esprit du lieu. Lorsque les sons sont jugés dignes d’être écoutés et que l’on craint qu’ils disparaissent, ils peuvent devenir un patrimoine. C’est ce qu’on appelle patrimonialisation [pour approfondir : voir note A], un processus social en permanente évolution. 

Dans cette publication scientifique, les chercheurs se sont intéressés au paysage sonore de la médina de Tunis à travers les siècles. Mais comment percevoir l’espace sonore du passé ? Étant donné qu’il n’existe pas d’enregistrements sonores, le chercheur doit recourir aux récits d’autrefois. Ces récits sont certes subjectifs, mais ce n’est pas un problème : ils permettent de découvrir les expériences sensibles des usagers qui contribuent à former le paysage sonore. 

Plongée sonore dans la médina de Tunis 

La médina de Tunis, la capitale tunisienne, est un site historique né au VIIe siècle et classé au patrimoine mondial de l’UNESCO (Figure 1). Elle est bâtie sur une colline couvrant une centaine d’hectares, et a une forme ovoïde qui résulte des caractéristiques topographiques de son lieu d’implantation. Cette médina (nom donné à la partie ancienne d’une ville en Afrique du Nord) est entourée d’une enceinte, de deux faubourgs et de places publiques à l’origine non planifiées, mais devenues indispensables parties intégrantes du quotidien et de la vie urbaine.

Photographie d’un souk de la médina de Tunis : l’endroit est très fréquenté, des tissus, objets d’arts, tasses et tapis sont entassés de chaque côté de la rue pavée. Les commerçants se trouvent devant leurs produits.
Figure 1. La médina de Tunis en 2005. Crédit : Eirik Newth/Wikimedia Commons/CC BY 2.0

Sous ses airs labyrinthiques, la médina est en réalité organisée de manière à répondre aux besoins sociaux et fonctionnels des habitants en étant un cœur marchand et religieux et des périphéries résidentielles.  Elle intéresse les auteurs de cette étude pour les sons divers qu’elle abrite… et ils sont nombreux ! En effet, comme le disait le chanteur Kaddour Ben Nitram, cité dans la publication : « Tunis, sans ses cris, sans ses bruits, ne serait pas tout à fait Tunis ! » (1941). 

Afin d’étudier le paysage sonore de la médina, les chercheurs se sont appuyés sur deux types de ressources. D’abord, les récits des nombreux voyageurs étrangers qui se sont rendus à Tunis (hommes ou femmes de lettres, peintres, militaires, etc.), qui livrent des informations précieuses sur les bruits et les sons de la médina. Ensuite, les images relatives à l’architecture du lieu. 

En se basant sur les descriptions dans les récits, les chercheurs ont pu restituer les parcours des voyageurs sur une carte. À chaque espace sonore étaient associées des descriptions de périodes différentes (Figure 2). 

Carte de la ville de Tunis sur laquelle des traits de différentes couleurs ont été tracés le long de certaines rues ou places du centre-ville.
Figure 2. La carte réalisée par les chercheurs. Chaque couleur correspond à un espace sonore, auquel sont liées des descriptions datant d’époques différentes. Crédit : © issue de la publication originale, avec l’aimable autorisation de l’éditeur.

Les chercheurs ont ensuite entrepris l’analyse du contenu thématique des textes recueillis, en élaborant une grille de lecture permettant l’interprétation du corpus. Cette grille de lecture comprend des informations sur les signaux sonores (source, intensité), sur la temporalité des sons (le moment de la journée auquel ils interviennent) ou sur la perception des usagers (agréable, etc.). 

Afin d’avoir une vision à la fois globale et locale du paysage, il a fallu distinguer deux échelles d’observation : la ville dans son ensemble et la rue. Les chercheurs ont ensuite étudié les perceptions sonores des usagers et les caractéristiques physiques ayant une influence sur le pouvoir acoustique des lieux (le sol, la géométrie de la rue ou des façades). Ces deux éléments constituent ce qu’on appelle l’effet sonore.

L’analyse du contenu thématique, l’analyse des formes urbaines acoustiques et l’étude de l’effet sonore ont permis de déterminer la présence de quatre éléments constituant une expérience sonore singulière : temporalité urbaine (moment de la journée), sources sonores (véhicules, cris des marchands), formes urbaines (rue étroite, place) et usagers (marchands, promeneurs, etc.) (Figure 3). 

Plusieurs cases sont reliées par des flèches. La case « Récits d’explorateurs » est reliée à celle « Constitution d’un corpus de recherche » située en dessous. Elle est elle-même reliée à, en dessous, trois cases au même niveau : « Analyse de contenu thématique », « Analyse acoustique des formes urbaines », « Effet sonore ». Enfin, quatre cases au même niveau, en bas, reliées par des flèches aux cases précédentes : « Temporalité urbaine », « Sources sonores », « Formes urbaines » et « Usagers ». La flèche finale indique que la correspondance des résultats issus des trois méthodes donne une vision des expériences sonores de la médina du passé.
Figure 3. Méthode utilisée par les chercheurs. Crédit : © issue de la publication originale, avec l’aimable autorisation de l’éditeur.

À l’écoute de la médina : les résultats

Les ambiances sonores de la médina varient en fonction du moment de la journée. La médina était très animée le jour, mais très calme la nuit. De plus, certaines ambiances sonores interviennent à des moments, à des temporalités spécifiques (le soir par exemple, la voix du conteur se répandait dans les cafés arabes). 

Les chercheurs ont étudié plus en détail la place Bâb Souika (Figure 4) qui a une triple fonction : c’est une place commerciale, un nœud de transport en commun et un espace de loisirs. 

Capture d’écran d’une vue satellite issue du site internet Google Maps, sur laquelle on voit la ville de Tunis et la place Bab Souika entourée en rouge.
Figure 4. Au cœur de Tunis, la place Bab Souika, encerclée en rouge. Crédit : © GoogleMaps. 

Les sources sonores identifiées sur la place correspondent à ces trois fonctions et à différentes temporalités urbaines : cris des marchands et des écoliers le matin, activités de loisirs et musiciens l’après-midi, et bruit du tramway qui se répète toute la journée à un rythme régulier. Pendant le mois du ramadan, une temporalité spécifique anime la place jusqu’à des horaires tardifs et prolonge le son des tramways (Tableau 1).

AnnéeÉvènements sonoresTemporalités urbaines
1858Cris du muezzine du sommet des mosquéesCinq fois par jour
1860Mouvement animationLever du soleil
1860Silence des ténèbresCoucher du soleil
1887TranquillitéNuit
1888Mouvement incessantMatinée
1890Ville morteSoir
1898Miaulement de chatsNuit
Ramadan
1898Coup de canon signalant le coucher du soleilCoucher du soleil
Ramadan
1898Cris du muezzineCoucher du soleil
Ramadan
1898Cris des muezzines du haut des minarets. Citation des formules fameuses « Il n’y a de Dieu qu’Allah Mohamed est le Prophète d’Allah » Puis « C’est l’heure de la prière que Dieu vous envoie sa bénédiction ! »
Cri sacré
Voix grave du muezzine
Cinq fois par jour
1898Danse bruyante des nègres
Sons monotones de tambour, de la cornemuse et des castagnettes : un rythme dur
Fêtes musulmanes
1908Chat des muezzins
Cri d’Allah ou Akbar « Dieu est le plus grand… Dieu est grand ! Croyants rendez-vous à la prière ! »
Cinq fois par jour
1913Ville endormie sous ses châles,
Jets silencieux des minarets blancs
Nuit
Tableau 1. Différents évènements sonores en fonction de l’année et des temporalités (moment de la journée) dans la médina de Tunis. Crédit : © issu de la publication originale, avec l’aimable autorisation de l’éditeur.

Mais comment tous ces sons étaient-ils perçus à l’époque ? Certains étaient jugés désagréables par les voyageurs Européens, qui n’y étaient pas habitués, mais attractifs pour les Tunisiens. C’est le cas des cris des marchands de pain sur la place Bâb Souika, et des sons liés à la vente à la criée et la vente aux enchères dans le souk at-Trouk. Ce souk at-Trouk (ou souk des Turcs) a d’ailleurs lui aussi été étudié en détail par les chercheurs (Figure 5). Construit au début du XVIIe siècle, il est situé dans le quartier central des souks, près de la Grande Mosquée. En plus des boutiques, il dispose d’une fontaine et de cafés. Les différents récits consultés ont permis de restituer les caractéristiques physiques et sonores du souk des Turcs pendant la deuxième moitié du XIXe siècle.

Photographie sépia d’un souk. Dans une rue, un commerçant vêtu d’un turban est assis devant de nombreux objets (tissus, vases, tasses et lanternes). Des personnes passent dans la rue pavée en arrière-plan.
Figure 5. Le sûq at-Trouk en 1889. Crédit : domaine public

En étudiant les ambiances sonores du souk, les chercheurs ont distingué six effets sonores (Tableau 2). Tout d’abord, l’effet de métabole : un effet dû à l’addition et la superposition de plusieurs sources sonores entendues simultanément (comme dans un hall de gare). Ici, il est produit par la pratique de vente à la criée et de vente aux enchères, qui engendre une superposition de sons qui tendent à fusionner (effet de mixage). Ceci explique le sentiment de répulsion éprouvé par les Européens qui ne parviennent pas à distinguer les différents sons. 

EffetCaractéristiqueExemple
Effet de métaboleAddition et superposition de plusieurs sources sonores.Un hall de gare.
Effet de mixageFusion de sons.Un café bruyant où les conversations se mêlent.
Effet phonotropiqueSuivi d’une source sonore qui attire l’attention.La sirène d’un camion.
Effet de réverbérationL’organisation de l’espace influe sur la circulation des sons.Une salle de concert.
Effet d’attractionFait d’entendre un son sans savoir d’où il provient.Arrivée d’une charrette au loin.
Effet de traînageDurée résiduelle d’un son après son arrêt.Les sons s’estompent après une manifestation.
Tableau 2. Six effets sonores distingués par les chercheurs et applicables à la médina de Tunis. Crédit : données issues de la publication originale.

Parfois, un phénomène sonore attire l’attention. Lorsque sa source d’émission (objet ou personne) se déplace, il continue d’être suivi à la trace et focalise l’attention des personnes, plus ou moins longtemps : c’est l’effet phonotropique

Le souk, du fait de sa morphologie (l’organisation de ses rues, de ses bâtiments, etc.), génère aussi un effet de réverbération qui le caractérise aux yeux des habitants. Étant donné par exemple l’étroitesse des rues, les personnes peuvent entendre un son sans voir d’où il provient et réagir en conséquence : c’est l’effet d’attraction

En fin d’après-midi, les ventes sont finies et la foule se disperse peu à peu. On observe l’effet traînage : « un effet acoustique qui décrit la durée résiduelle d’un son, depuis son arrêt jusqu’au silence ou à la réapparition du bruit de fond » [citation de la publication originale].

Les sons de la médina, un nouveau patrimoine ? 

Les sons si particuliers de la médina pourraient-ils former un patrimoine ? Sont-ils « patrimonialisables » ? 

Selon les chercheurs, cela est tout à fait envisageable dans la mesure où le paysage sonore, point de rencontre entre l’espace (le lieu) et le temps (le moment de la journée ou de la nuit), est significatif dans les mémoires et les identités de chaque être humain. Les paysages patrimonialisables ne sont pas seulement des paysages appréciables par la vue. 

Cependant, patrimonialiser le paysage sonore, c’est accepter qu’il soit en mutation constante. Il ne s’agit pas de le figer tel un tableau, mais plutôt de saisir l’instant (le pas pressé des travailleurs, les cris d’enfants, l’appel de la mosquée le matin, puis l’ouverture des commerces, les cris et les chansons) et les processus à l’origine des perceptions, et de les caractériser, pour mieux les mettre en valeur.

Le paysage sonore est un objet nouveau, mais qui intéresse déjà de nombreux acteurs (artistes, activistes, promoteurs du tourisme, etc.) qui veulent le patrimonialiser pour le valoriser. Des expériences et concepts originaux naissent de cet intérêt nouveau pour le son : sites acoustiques remarquables, installations paysagères, promenades sonores, réalité augmentée. À Tunis, dans le cadre du festival d’art urbain Dreamcity, des artistes créent des œuvres en s’appuyant sur le paysage sonore de la médina pour interpeller habitants et visiteurs [pour approfondir : voir note B]. La quête des sons du passé est cependant complexe, et de nombreuses pistes de travail demandent encore à être approfondies en articulant récits, patrimoine et sonorités [pour approfondir : voir note C]. 

Concrètement, comment conserver les sons de la médina et son identité sonore pour en faire un patrimoine ? Les chercheurs nous donnent plusieurs pistes à explorer. D’abord, conforter l’aspect métabolique de la médina (ces sons qui viennent de partout et se chevauchent, conséquence de l’immersion dans un espace public confiné). Cet aspect constitue un marqueur patrimonial important.  Ensuite, préserver les sons de la sociabilité (discussions, voix des marchands) en maintenant un paysage sonore vocal à différentes échelles (rue, café, habitation). Cela est possible en concentrant et en densifiant les espaces où se diffusent ces sons. Enfin, il faut veiller à ne pas laisser les sons mécaniques (voiture, tramway) prendre le dessus sur le reste, et ménager des espaces de promenade en bordure de la médina, pour permettre aux personnes de faire l’expérience des ambiances sonores du lieu. 

Finalement, la médina de Tunis n’est pas un paysage qui s’apprécie uniquement à la vue des étals colorés des marchands. Elle peut être explorée par sa seule dimension sonore, le passé et ses histoires se mêlant aux sons et aux perceptions du présent. Patrimonialiser les sons qui traversent la médina, c’est valoriser et préserver son identité unique. 


Éléments pour approfondir

Note A

La patrimonialisation désigne le processus de création, de fabrication de patrimoine. Le phénomène s’est développé en France au XIXe siècle, notamment pour la sauvegarde des monuments historiques. Il a fallu attendre le XXe siècle pour que le patrimoine paysager puis immatériel soit mieux pris en compte. Mais pour certains, la patrimonialisation comporte un risque de muséification. Elle consiste à figer certains lieux historiques ou touristiques (comme Venise ou le centre de Paris) mais s’apparente aussi à un refus de moderniser ces lieux et de les adapter à de nouveaux usages (en construisant par exemple de nouveaux bâtiments). En réaction à la patrimonialisation se développe un courant des études de patrimoine : les études critiques de patrimoine, dont les membres suggèrent la possibilité d’une dépatrimonialisation.Pour en savoir plus : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/patrimonialisation

Note B

Les chercheurs citent plusieurs autres chercheurs qui mènent des travaux novateurs sur les ambiances sonores au Moyen-Orient : 

  • Lilia Makhloufi, architecte urbaniste, analyse l’ambiance des rues commerçantes algériennes, et tente de prouver que l’ambiance sonore urbaine pourrait devenir un instrument de pérennisation des anciennes cités (Makhloufi, 2012). 
  • Azzeddine Belakehal, architecte et chercheur, retrouve les ambiances architecturales et urbaines d’autrefois dans plusieurs textes littéraires et récits de voyageurs pour reconstituer les ambiances authentiques olfactives, lumineuses, thermiques et sonores ressenties. Il nous propose aussi un modèle conceptuel pour les ambiances perdues. 
  • Noha Saïd, architecte et chercheur, a analysé les ambiances sonores des rues du Caire à la lumière des bouleversements que connaît l’Égypte actuellement à partir de l’exemple du quartier Choubrah (Said, 2012).

Note C

De plus en plus de chercheurs recourent à la « vidéosonorisée » pour reconstituer les sons du passé. Par exemple, Mylène Pardoën, musicologue et chercheure au CNRS, reconstitue l’ambiance sonore de Paris du XVIIIe siècle en s’associant avec des historiens, des sociologues et des spécialistes de la 3D. Cette équipe pluridisciplinaire a élaboré une vidéo qui restitue les sons du quartier de Châtelet. 70 tableaux sonores ont été reconstitués à partir de travaux d’historiens, comme Alain Corbin (spécialiste de l’espace sonore et olfactif du XIXe siècle), Arlette Farge ou Louis-Sébastien Mercier, auteur de Le Tableau de Paris (1781), une œuvre majeure de l’époque. La vidéo est accessible sur le site du CNRS

Pour créer l’ambiance sonore des jeux-vidéo historiques (comme par exemple pour les jeux de la série Assassin’s Creed), les concepteurs font appel à des historiens spécialisés pour reconstituer les sons du passé.


[*] Raymond Murray Schafer distingue : 

  • les sonorités toniques (keynote sources) que l’être humain ne perçoit pas toujours et qui résultent de la nature (le vent, les vagues, etc.) ;
  •  les signaux sonores (signal sounds), produits par les activités humaines (le bruit des moteurs, les passants, etc.) ;
  • les marqueurs sonores (soundmarks), qui caractérisent un lieu et les bornes qui le délimitent (fontaine dans une place publique).

[**] Montréal propose une « carte sonographique » de la ville, tout comme Londres, Lisbonne, Paris ou Lyon. Violaine Jolivet a réalisé une carte sonore interactive de Miami à partir de la récolte d’échantillons de sons dans la ville [2]. Cette carte montre l’importance des sons dans notre rapport aux espaces vécus ou traversés. Elle permet aussi à l’utilisateur de suivre des parcours thématiques et commentés qui donnent des informations sur les échantillons sonores.


[1] Murray Schafer R., « The Soundscape: Our sonic environment and the Tuning of the World », 1997. ISBN 13 : 9780892814558. [Livre de science]

[2] Jolivet V., « Miami ville sonore ». Carte à la une de Géoconfluences, 2015. [Ressource pédagogique]


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